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S E R V I C E   D E S   J E S U I T E S   D E   F R A N C E



 

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[Décembre 2006] Anne-France, Mongo

Que vous en dire ? Tout y est tellement différent de chez nous et en même temps étrangement identique à ce que j’avais imaginé. Des paysages et une manière de vivre biblique avec quelques « sympathiques » touches de modernité : Coca–Cola, avions militaires, portables et enfin la célèbre « Belgique » : une mitraillette d’une puissance redoutable !


A la maison avec Erby Suad et Alegria

Le paysage ? Des étendues plates parsemées de manguiers, de citronniers et de goyaviers encore bien verts même si les « oueds » de la saison des pluies ont déjà disparu : il n’en reste maintenant plus que les sillons creusés dans les routes sur lesquels chopent nos véhicules. Par ailleurs, la poussière est déjà bien au rendez-vous et hommes et femmes portent chèches et foulards pour s’en protéger. Les majestueux cavaliers lancés au galop dans la brousse; les camions croulant sous la marchandise, les hommes et les bêtes ; les femmes drapant leurs silhouettes élancées dans de grandes étoffes colorées ; les troupeaux de chèvres et de moutons qui sont aussi noirs que les gens du pays ; les ânes portant courageusement de lourdes outres que les enfants vont remplir au puits ; les bœufs tirant des charrettes mal dégrossies ; les caravanes de chameaux venant le mercredi pour le marché ; les gracieuses gazelles apprivoisées du Foyer Saint Ignace ; les grues cendrées et les genettes. Les montagnes de Mongo sont également extraordinaires, façonnées par le vent, elles sont toutes roses et nous accueillent à l’entrée de la ville en nous présentant leur reine : une femme allongée, sculptée dans la roche depuis la nuit des temps.

Je suis logée à « Gourouma », une maison désormais réservée aux coopérantes. Située un peu à l’écart de la ville, dans un lieu ombragé, c’était autrefois une maison de retraite. Nous y avons l’eau courante et l’électricité (120 volts). Notre proximité avec un point d’eau y attire des tonnes de moustiques qui ont élu principalement domicile dans les toilettes ! Ce lieu est également habité par Amati le gardien, Erbié, sa femme et leurs 9 enfants. Suara, la petite dernière n’a qu’un an et est plutôt farouche.

C’est incroyable tout ce qui s’est fait dans cette Préfecture depuis son érection, il y a 5 ans ! Des centaines d’écoles ont été construites et leurs maîtres formés, des dispensaires ont été équipés, un réseau de bibliothèques de brousse a été mis en place, des barrages ont apporté une réponse sensible au problème de l’eau dans la ville, des banques de céréales assurent désormais davantage de sécurité alimentaire, des cuisinières solaires ont été conçues et commercialisées pour stopper la désertification… Et tout cela avec seulement une petite dizaine de permanents ! On voit ainsi que l’Eglise est vraiment un acteur de développement. Beaucoup de travail se fait également tant sur le plan plus spirituel : catéchèses, célébrations, retraites, que sur le plan humain : formations à « l’Amour et à la Vie » (essentielles dans ce contexte hyper-machiste où la connaissance du corps humain est quasi inexistante), formations à l’environnement, formations à la paix sociale (primordiales dans ce pays où la violence se retrouve à tous les niveaux de la société, où la mosaïque tribale crée des guerres intestines, où chaque gamin porte un couteau sur lui dès l’âge de 12 ans, où les femmes se battent comme des chiffonnières,…).

Foyer des filles

Et alors, moi, dans tout cela, qu’est-ce que je fais ? En ce qui concerne mon premier mi-temps, outre la recherche de fonds qui doit être élargie et le suivi des projets, Mgr Coudray voudrait que je rédige une revue de contact à destination des autres diocèses du Tchad. Et puis, il y a le projet de site Internet qui devrait être un puissant outil de communication extérieure, à condition que la connexion passe bien (on est train de songer à changer de serveur) Quant à mon second mi-temps, je l’effectue au Foyer Saint Ignace, l’Internat pour garçons : j’y donne des cours de soutien scolaire en français pour les enfants de 4eme et de 5eme. C’est un travail intéressant car j’ai ainsi des contacts avec des Tchadiens et puis, cela relève du Français Langue Seconde, si pas du FLE. Je vais également mettre en place avec eux un atelier « contes » pour qu’ils expérimentent le plaisir de la lecture et de l’écriture. Je serai également l’organisatrice principale de la semaine culturelle qui a lieu chaque année en avril. J’ai oublié de vous dire, . Ces deux tâches devraient m’amener à avoir une vue globale sur l’ensemble des choses qui se font ici et à développer des compétences techniques et journalistiques. Ce qui me plaît le plus dans ces projets, c’est que je vais devoir être en contact avec tous et toutes et aller voir beaucoup de choses sur le terrain. Et puis le travail de conceptualisation et de mise en texte de tout cela est extrêmement enthousiasmant. Comme vous voyez, je ne vais pas chômer !

A suivre....