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S E R V I C E   D E S   J E S U I T E S   D E   F R A N C E





Anne-France,
DCC, projet JVI
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Prefecture Apostolique Mongo, Tchad
Que vous en dire ? Tout y est tellement différent de chez nous et en même temps étrangement identique à ce que j’avais imaginé. Des paysages et une manière de vivre biblique avec quelques « sympathiques » touches de modernité...
[juin 2007]

 


[décembre 2007]

 


 

 

 




     Emilie, école des soeurs de Bitkine,Tchad,
       décembre 2007

Tous les matins les élèves sont tenues d'arriver à 7h30 ; quand j'arrive en moto je double des groupes de filles sur la route, en uniforme jaune et marron, portant leurs cahiers sur la tête .

Il y a environ un livre pour 2. Dans l'ensemble elles sont vraiment adorables, très motivées pour venir au Collège. Elles sont aussi parfois très dissipées, comme peut l'être une bande d'adolescentes. Leur niveau est déplorable, certaines écrivent leurs dictées uniquement à l'oreille, comme en phonétique ! Mais on constate des améliorations avec le temps, surtout chez les petites car certaines sont clairement trop âgées. Autre décalage : quand les filles sont malades ici, c'est la plupart du temps parce qu'elles ont une crise de palu ou qu'elles ont été piquées par un scorpion. Voilà pour le Collège où je passe la moitié de mon temps.

Pour le reste, la vie quotidienne, le marché, les visites, la moto, tout va bien…les gens sont vraiment gentils.

Le 24 novembre il y eut l'ordination de Daba Romain, premier prêtre kenga (l'ethnie locale) de tout le Tchad. C'était une célébration énorme, à laquelle toute la paroisse de Bitkine se préparait depuis des mois. Il fallait pouvoir accueillir les deux milles personnes attendues, qui en réalité se sont transformées en quelque quatre milles. La messe a duré Six heures avec procession des cadeaux, danseuses... A la fin, les femmes avaient étendu des nattes à l'arrière et s'étaient assises pour discuter et nourrir leurs bébés, se relevant pour lancer des youyou lors des moments-clés. Cependant l'impression d'ensemble était magnifique, car tout le monde avait sorti son habit de fête, et cette multitude colorée, sous l'ombre de deux arbres immenses, dans la lumière violente et le ciel bleu d'Afrique, formait un ensemble splendide.

Autre fête, celle qui a eu lieu quelques jours plus tard Il s'agissait cette fois de « danses de la Margaï », une fête traditionnelle : on pourrait traduire la « margaï » par « divinité », celle qui préside à la vie du village, à la fois protectrice et terrible, qu'il convient donc de remercier par des danses à la fin des récoltes.

A l'occasion de cette fête, la margaï prend possession d'une femme qui entre en transe ; d'autres dansent autour de cette vieille échevelée, à moitié nue, aux yeux flamboyants.

La vie quotidienne avec les sœurs est très très tranquille, heureusement je sors beaucoup en visite et passe des après-midi à discuter avec des Tchadiens dont j'ai peu à peu fait la connaissance. Je vais aussi beaucoup au « centre culturel », bibliothèque tenue par la mission catholique où se réunissent des jeunes. C'est là-bas que j'ai trouvé des guitares à peine abîmées, plus ou moins bien bricolées et inégalement munies de cordes.

J'ai aussi hâte d'être en vacances pour lâcher un peu ce rythme somme toute intense de corrections, préparation de cours et cours eux-mêmes, sortir un peu de Bitkine. Lorsque j'en ai assez d'étouffer dans cette petite ville pleine de cris d'enfants et de concerti de bêtes en tous genre, enfumée par les cuisines et les tas d'immondices qui brûlent, poussiéreuse et sale, je sors au soleil couchant dans la campagne alentour pour me promener, chose assez inconcevable pour les autochtones qui me demandent « machi wen ? » (tu vas où ?). Ici, on ne se promène pas, on ne gaspille pas son énergie et quand on marche, c'est vers un but. Moi je vais simplement m'asseoir sur un gros rocher un peu en hauteur et contemple l'immensité du ciel embrasé, des montagnes rouges et des champs étendus à mes pieds. Ca fait un bien fou de rester tranquille et seule devant la nature, quand on est « mirée » à chaque pas que l'on fait dans la rue, perpétuellement poursuivie par les « ca va ? » des enfants, et les regards plus ou moins amicaux de tous : blanche toujours, ça me colle à la peau !

Emilie